Statistix, Episode 02 : Key Passes

Crédits : Alex MARTIN / AFP

Ça faisait longtemps que je voulais écrire une série d’articles visant à rendre plus accessible certains termes fréquemment utilisés dans les articles mêlant statistiques et football et qui ne sont pas systématiquement expliqués ou francisés. L’objectif est de créer une porte d’entrée pour les personnes souhaitant s’intéresser à ce vaste sujet.

En parallèle, ça va me permettre de lier chaque terme obscur à sa définition dans mes futurs articles et donc de rendre leur lecture plus facile pour les nouveaux venus. Mais également moins lourde pour les habitués qui n’auront pas à lire la description de termes qu’ils connaissent déjà.

Pour ce deuxième épisode, je vous ai demandé votre avis sur le sujet et les Key Passes, ou Passes clés, l’ont emporté haut la main. On est ici sur un des termes les plus habituels mais il y a quand même des choses à dire.

 

Définition

Une passe clé, « Key Passes » en anglais et souvent abrégées en « KP », correspond à la dernière passe qui précède un tir d’un coéquipier. Ça peut aussi bien être une passe en profondeur qui lance un attaquant en face à face avec le gardien, un centre sur corner ou une passe courte suivi d’une frappe lointaine.

Peu importe la partie du corps (pied, tête), la phase de jeu (coup-franc indirect, dans le jeu), la zone (surface, milieu de terrain) ou la finalité (but, non-cadré) du tir.

Cette statistique est parfois appelée « chance created » (occasion créée) ou « shot assist » (passe amenant un tir). Le dernier terme n’a pas vraiment de traduction en français mais c’est pourtant celui qui est le plus clair. En effet, je trouve que passe clé ou occasion créée ne décrivent pas au mieux ce qu’est réellement une « Key Pass ».

 

Avantages

Un peu comme pour le P90, on va se demander à quoi sert cette mesure. Déjà, il n’existe pas vraiment (dans les statistiques communes, on y reviendra) d’autres manières de comptabiliser les occasions créées par un joueur via la passe. Il est maintenant banal d’analyser le nombre de tirs d’un attaquant, on ne fait ici que se positionner de l’autre côté du miroir.

Ce qui ressemble le plus aux passes clés, ce sont les passes décisives. Mais, de la même manière que les tirs par rapport aux buts, on recule ici d’un cran. Ça permet d’avoir un échantillon à analyser plus important : il y a, en moyenne, beaucoup plus de tirs dans un match que de buts. Les variations sont donc moins marquées et on sera plus rapidement fixé sur le talent d’un joueur à créer des occasions pour ses coéquipiers. C’est d’autant plus le cas si on s’intéresse à des phases de jeu spécifiques comme les coups de pied arrêtés.

Un autre point, qui est fortement lié, est que l’on s’affranchit également des talents de finisseur du tireur. En ne s’intéressant qu’aux passes décisives, on prend le risque de ne pas valoriser un joueur ayant mis un coéquipier dans des conditions idéales pour marquer si ce dernier se rate devant le but. Avec les passes clés, tout est comptabilisé même si ça amène également certains problèmes.

Par exemple, sur la saison 2017/2018, Malcom est à 0,20 passes décisives P90 et Memphis à 0,50 passes décisives P90 alors que tous les deux réalisent 2,70 passes clés P90. Les passes clés de Malcom sont donc convertis à 7,4% contre 18,5% pour Memphis (la moyenne est à 10,8%).

Les possibles raisons de cet écart sont multiples. On a déjà évoqué l’impact de la réussite du tireur mais d’autres explications sont plutôt en défaveur des passes clés.

 

Inconvénients

Le premier point négatif est que l’on s’affranchit des qualités de finisseur du tireur mais que l’on est par contre dépendant du volume de tirs des coéquipiers. En effet, tous les joueurs et toutes les équipes ne tirent pas autant pour différentes raisons : talent inférieur, moins de phases de possession, choix stylistique, etc.

Par exemple, un joueur comme Mario Balotelli va avoir tendance à tirer beaucoup mais pas toujours dans les meilleures positions. Ses coéquipiers risquent donc d’avoir un nombre important de passes clés à leur actif sans que ce soit des actions de grand danger.

Ce qui nous amène au deuxième point, la qualité de l’occasion créée n’est pas prise en compte. Tous les tirs n’ayant pas la même probabilité de finir au fond des filets, c’est également le cas avec les passes clés. Il y aurait donc besoin d’exprimer cette notion d’une manière plus subtile que 0 (pas de tir donc pas de passe clé) ou 1 (tir donc passe clé).

Enfin, cette statistique ne fait pas de différence entre un tir direct après une passe ou avec un dribble entre temps. Reprenons le graphique des passes clés de Memphis et on va s’attarder sur la passe qui commence et se termine dans le camp adverse et que certains d’entre vous ont peut-être déjà remarqué.

Pour faciliter l’analyse, je l’ai isolé et j’ai rajouté le tir (c’est le gros point rouge) qui a suivi. Vu qu’il n’y a pas eu de passes entre ces deux événements, on imagine que le tireur a traversé une bonne partie du terrain adverse avant de tenter sa chance. Vérifions ça :

 

On a donc Memphis qui prolonge le ballon vers Aouar et le jeune lyonnais qui gagne un premier duel avant de dribbler un second joueur et de voir son tir contré. Même si le néerlandais a le mérite de voir l’appel de Aouar et de permettre la contre-attaque en jouant vite, il est difficile de le créditer sur le tir qui en résulte.

Du coup, on doit les utiliser ces passes clés ? Est-ce qu’il existe des alternatives ? C’est ce que l’on va voir tout de suite.

 

Alternatives

Souvent, les statistiques imparfaites restent utiles mais, pour ça, il faut être conscient de leurs limites. C’est notre cas maintenant et les passes clés donnent une idée du volume d’occasions sur lesquelles un joueur est impliqué. En plus d’avoir l’avantage d’être facilement consultables.

Mais on peut aussi garder la même logique (comptabiliser les dernières passes qui précèdent un tir) tout en y incorporant la notion de qualité de l’occasion créée. Là on arrive sur les Expected Goals et leurs dérivés, que l’on finira par aborder ici.

Autre option, ne plus se préoccuper des tirs mais, plus généralement, des passes complétées vers des zones dangereuses. Ça peut être les passes vers le tiers défensif de l’adversaire, vers la surface ou une notation de chaque passe selon la probabilité de marquer après celle-ci. Autant de possibilités sur lesquelles on pourra s’attarder dans le futur.

 

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